Jean-François Blanchet, le DG du groupe BRL

Jean-François Blanchet (photo), le Directeur général de BRL, a présenté le 25 mai lors des Premières Assises régionales de l’eau au parc des expositions de Montpellier, comment a été mené le projet Aqua Domitia. Le projet a conjugué préservation des milieux naturels et satisfaction des usages, a-t-il insisté pendant son intervention. Entretien à la descente de l'estrade. 

Comment a été pensé le projet Aqua Domitia ?

Jean-François Blanchet : Il fallait arriver à concilier à la fois du développement économique, porteur d’emplois et de croissance, intégrer les effets du changement climatique et la nécessité de laisser suffisamment d’eau dans les milieux naturels. Le problème de départ, c’est qu’il y a un déficit en eau. Il a été rappelé par l’Agence de l’eau et il est de l’ordre de 80 millions de mètres cubes. Donc il fallait agir.

La Région avait pris position avec les Départements au travers – dans un premier temps - la mise en place d’une charte de gestion, avant d’amener de nouvelles ressources, la priorité étant de mieux gérer, de moins consommer, de réduire les fuites, de faire des économies et c’est bien l’ambition de cette charte qui était soutenue par l’Agence de l’eau. Cependant, malgré ces efforts de meilleure maîtrise, il n’en reste pas moins que le déficit doit pouvoir être accompagné de ressources complémentaireset c’est de là qu’est né Aqua Domitia.

Le projet Aqua Domitia a-t-il vocation à résoudre à lui seul ce déficit en eau ?

On a parlé de 80 millions de mètres cubes de déficit. Or, Aqua Domitia, c’est en entre 15 et 20 millions de mètres cubes. C’est donc une réponse partielle, sur une partie du territoire, mais qui va permettre de donner suffisamment de temps pour que tous les programmes d’économie d’eau, de meilleure gestion, d’approche plus vertueuse de la ressources puissent produire leurs effets. C’est un point vraiment important ave une ressource mobilisée venant principalement du Rhône, plus accessoirement du canal du Midi et du Système Aude.

Vous avez insisté sur la préservation des milieux naturels pendant votre intervention. Pouvez- vous en dire plus ?

La finalité du programme Aqua Domitia est, avant toute chose, c’est vrai, de préserver les milieux naturels. On amène une ressource qui est plus abondante, mieux garantie et en quantité suffisante, pour réduire par ailleurs la pression de prélèvement sur les milieux naturels locaux, dont le fleuve Hérault, l’objectif étant de conjuguer la préservation des milieux naturels et la satisfaction des usages humains. On est dans une logique d’accomodement raisonnable, comme disent les Canadiens, pour arriver à définir un projet acceptable.

Ce programme, c’est une infrastructure avec un certain nombre de maillons et trois principes directeurs : la sécurisation d’un mix de ressources, une progressivité de réalisation au fur et à mesure que les besoins se font jour et une concertation et une adaptation pour répondre à la croissance de la démographie. Il répond aux besoins économiques, touristiques, mais aussi agricoles, sachant qu’on est plus du tout sur une irrigation au canon, mais sur un usage bien mieux maîtrisé de l’eau. Quand on veut des circuits courts et consommer localement des pommes, des pêches, des abricots produits sur place, il est nécessaire d’irriguer ces cultures-là.

La concertation a été innovante. Pouvez-vous nous les détailler ?

D’abord, une première chose : Aqua Domitia a été le tout premier projet en France à bénéficier d’une démarche de Débat public avec une autorité indépendante chargée d’organiser la concertation. Il y a eu 13 grandes réunions ouvertes à tous qui ont accueilli plus de 1000 participants. C’est dire si l’eau est un enjeu citoyen. Quarante cahiers d’acteur ont été réalisés, certains demandant un ouvrage plus important, d’autres une infrastructure plus modeste. Tout cela a donc été riche d’enseignements. Avec au final une convergence en faveur du projet. Car une très large majorité s’est prononcée en sa faveur.

Pour autant, nous avons poursuivi la concertation, au delà du Débat public, pour entendre toutes les structures de bassins versants afin d’adapter le projet là où c’est nécessaire. C’est important, c’est innovant.

Qu’a amené cette concertation ?

Pour résumer, nous avons revu pour partie le dimensionnement du projet ; nous l’avons un peu plus réduit en le ramenant à 2,5 mètres cubes / seconde pour 15 à 20 millions de mètres cubes d’eau transférée. C’est de l’ordre de 6 % à 8 % du réseau hydraulique régional. On est dans un projet raisonnable, en adéquation avec les attentes. Nous ne sommes donc pas dans une logique de l’offre et cela nous a semblé raisonnable. Nous savons néanmoins que l’infrastructure sera saturée. Le débat est de savoir dans combien de temps. S’il n’y a pas d’économies d’eau, la saturation de l’ouvrage se posera dans dix à 15 ans. Si une gestion plus économe est mise en place, la saturation est repoussée à 30, voire 40 ans. 

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